À LA RUE

La rue en ville, aujourd’hui, est un espace étrange. On n’y vit que peu. On y passe, indifférent aux gens, aux bâtiments, aux sensations… La rue devient stérile.

S’y côtoient différents mondes, notamment celui de ceux qui y passent, et celui de ceux  qui l’habitent. Nous savons qu’il existe une rupture entre eux. Le symbole de la défaite social répugne et angoisse certains et crée un rapport d’indifférence hypocrite, parfois irrespectueux.

J’ai souhaité interroger ces rapports en réalisant des expérimentations corporelles et comportementales au sein de l’espace urbain, et en travaillant sur les notions d’absence, de mouvement, et de regards.

EXPÉRIMENTATIONS :

1 – Être assis durant des heures par terre, sur des bancs, sur des marches.
Transformation de la perception du temps, de l’espace, du rapport visuel avec les passants.

2 – Être debout, immobile, sur un trottoir au milieu du passage.
Imposer une immobilité en contraste au perpétuel mouvement de la rue, et inverser le sentiment de gène que les passants ressentent à ma place.

3 – Être assis par terre, sur un trottoir au milieu du passage avec une pancarte indiquant :
« N’ayez pas peur de me regarder dans les yeux »

Appropriation de code, provoquer, remettre en question.

 4 – Suivre une personne au hasard jusqu’à ce que celle-ci quitte l’espace public.
Adapter sa façon de se déplacer dans l’espace, créer une connexion invisible, rendre l’autre responsable. 

 5 – Croiser une même personne plusieurs fois de suite
Anomalie, aller à l’inverse des habitudes, mettre en avant l’absence d’interaction dans la rue.

6 – Se promener dans une rue commerçante avec un masque blanc en plâtre
Faire disparaître son identité pour se dégager de la masse individualisée, provoquer les angoisses amplifiées par l’état d’urgence.